vendredi 15 septembre 2017

Terre Levée (2)

Ignorantes buées, énigme des miroirs que rien ne résout
Gerbes de fatigue, épis de brume assemblés pour la nuit
Les mots regardent le souffle qui les offre
Visages de silence où l'immobile est tu

J'attends un hiver nu, une moisson stérile que lèvera la terre
Pour un pain d'avenir aux levures interdites
Et l'encre des lointains, encore, comme un toit sous l'averse
Pour une lame fine qui assassine les printemps

Et cette âme qui fuit la lumière pour brûler dans l'obscur
Cet âtre de froideur qui blesse comme un feu lourd
Mendie seule des forêts dénudées où se risque l'appel

Et dans ces sources où s'échappe le ciel
Dans cette eau rance où s'endort la lune
Je me suis enivré du lait de ses songes

jeudi 14 septembre 2017

Terre Levée (1)

Ce qui croît par les heures serviles,  soeurs sanglantes et obstinées
Dans cette forge des ans qui vide le sang et creuse la terre
Ce qui croît sous cette grâce meurtrie, une immensité close
Aux bornes infinies au milieu d'un fleuve sans gué

C'est une conquête - dit-on - de formules et de rites
Qui tisse dans la chair les barreaux de l'horloge
Cette geôle où nos jours s'éclairent de leurs ombres
Dans cette plaine de joug  aux lumières aveugles

Et dans cette attente obscure où rumine l'absence
On balise des sentiers comme une haleine vierge
Par dessus la pourriture, ses brumes et ses agapes

Et sur ces routes de neige invisibles sous les cieux
Des mains gravent de récits la voix de nos nuits
Comme une poussière tiède soulevée des sépulcres.

mercredi 13 septembre 2017

Quatrains (59)

Qu'est-il derrière les heures
Sinon une impotence captive
L'infirmité des reflets
Sur les visages du gel 

lundi 11 septembre 2017

Quatrains ( 58)

Le chant des haies, la danse des joncs
Tout s'éteint sous le ciel mourant
D'abord la cendre puis le désert
Où ces hommes vont et viennent

mardi 5 septembre 2017

Quatrains (57)

J'abrite mes mirages
Lorsque hôte de tes pas
Nait un passage d'entre tes ombres
Cette ivresse où murissent les clartés

dimanche 3 septembre 2017

Quatrains (56)

Mortes pluies ! Boues sans miroir !
A peine achevée l'époque des songes
Qu'une  image étrangère emportée par les flots
A empli de ses cendres mes silences embaumés

samedi 2 septembre 2017

Chemins de la ville basse (18)

Dans la suie dormante, de celles que l'on chante  tombée des cieux, dans le sang imagé du Fils, qui germe dans les âmes et leurs prisons , ces geôles qui trouent nos coeurs et se ravissent d'alarmes putrides,  chlorhydriques jouets aux formes larvaires, rampantes, formes acides qui rompent ce qui est déjà séparé, il n'y a qu'une vague où vivre, un train où accoster, un pain d'oubli quotidien, un monde aux prières perdues, un monde aux mères égorgées, aux pères émasculés, monde où hurlent les matrices à force de vide, aux corps nus, enchevêtrés dans leur nuit... Nous avons oublié l'obscure  fatigue des désirs, la fuite des vents, l'odeur aimante du sang dormant dans les rigoles des âmes, omis le sel des peaux, écartelé le destin qui nous pensait avides et sans soif

Dans les puits où fleurissent les bêtes sifflantes, entre mort et mort, dans les flux et les remords, avoir ainsi assassiné ce que nous avions de plus beau, pas nous, mais nous aussi, l'âge, l'âge informe, l'âge meurtrier, celui qui blesse la blessure même et mord l'enfance, il faut l'assourdissement  pour ignorer autant d' impasses dans les chemins de hauts vents,  routes d'ouïe et de sens qu'on entend seul, seul,  des fenêtres éparses plantées à l'intérieur de la fourmi vomissante  (et métallique) qui bouffe nos cerveaux et brûle nos idées, et puis les ans qui gonflent sous les veines jusqu'à pourrir les os, les cartilages d'enfance, de jeunesse, ceux qui fleuriront  les terres fécondes de demain, notre fosse commune.  

Seules de vaste plaines vides où se dresse le néant où tout s'afflige et se repent et qui regarde l'absence sans port où je suis, où tu es, indestructibles de solitude

Les longues et étroites plaines de sang où roucoulent les espoirs d'hier et les prophètes, eux, qui, sans cesse en redemandent ricanant de silence et de pluies muettes, grandes averses de nuit et de chair.

Quatrains (55)

La braise joue de ta lyre
Sous le versant de tes lèvres
Ton souffle nu
Comme l'espace où je repose

vendredi 1 septembre 2017

Quatrains (54)

Pour une grâce implorée
Les eaux se sont élancées
Et de leur lit aux cimes obscures
Ont éveillé des étoiles dans le ventre des brumes

Quatrains (53)

J'irai là où meurent les rives
Quand se coud le silence d'hiver
Aux dernières lueurs de la terre
Quand la sève sèche avant les fleurs