dimanche 4 février 2018

Chants des guirlandes amères (1)

Lourde la route, lourd le sang
de processions et de manèges
le long de voyages invisibles
aux langues étrangères. Seul

et tout bas, sans hâte, à suivre
rives et ombrages endormis
dans la pâleur d'un soir.

Mais lorsque l'éternité, serpent sage,
siffle à mes oreilles le frisson

des guirlandes amères

j'étreins la terre et attends
que se séparent les sources d'antan

Attends seulement l'envol
dans la paix bleutée d'un instant 

jeudi 1 février 2018

De néant et d'oubli (6)

Tout cela qui doute
qui veut sous les nuages ou qui peut 
à l'ombre des heures,
à l'horloge de la poussière et des noms,
restera sans image 
de la dissolution des pendules

Sous ce nouveau ciel d'oubli
rien des vergers de sanglots 
rien non plus du roseau sublime
les étoiles elles-mêmes
abandonnent leur lueur

A l'immobile absence


mardi 30 janvier 2018

De néant et d'oubli (5)

C'est dans la lumière que 
les avenues se chaussent d'impasses

Dans la nuit que
le labyrinthe s'explique
Avant la cécité des clartés

On aimerait des bouquets
de brumes en fleur
Des gerbes de jacinthes
voilées de ténèbres

On aurait voulu la vie
dressée dans ses solitudes
Mais c'est trop dire encore
de ce qui n'a pas de nom

lundi 29 janvier 2018

De néant et d'oubli (4)


On n' échappe pas aux verrous
Ils sont là à fermer les chemins
A éclipser la lune
A fondre l'immensité

On les regarde luire dans le noir
A aiguiser la nuit
Cette lame fine qui lacère le jour

Où ondulent les enroulements de l'heure

 Il faut suivre les cheminements des murs
 Le sarcasme des murailles
 Par où se tordent et s'emmêlent les routes
 Quand on croit à l'avenir

 Dans cet océan de la dernière escale

jeudi 25 janvier 2018

De néant et d'oubli (3)

Des uns aux autres 
Brasiers d'obscur
Floraisons aveugles
Vastes plaines où brûle le vide
Aux crêtes des ans

Une buée blême fleurit entre nos mains
Puis fige les fragments fugitifs
où l'abîme se révèle

Épis aux  semences infécondes
Suspendues par des vents
au sein de leurs demeures sauvages

Les heures sont pauvres
Dans l'étreinte de ce qui passe
Les visages captifs se dissipent

Dans le silence des marées




vendredi 19 janvier 2018

De néant et d'oubli (2)

Dans cette nuit où le jour s'admire
Comme le ciel
dans une eau sombre

Les reflets ont des voix
D'écarlate et de pourpre

Les échos déchirés appellent le désert
dans cet empire sans lointain

Les racines guettent leur sépulcre
Une lame de vent tranche
Le néant d'où le roseau se plie

Les chemins n'ont nul chemin où aller
En ces temps crépusculaires
Qui recueillent la fraude

Des songes d'aurore
Reposent, obscurs et sans ailes




jeudi 18 janvier 2018

De néant et d'oubli (1)

Il est des brises sous la lune
Dont les soirs s'éprennent
Et qu'ils absorbent

En un silence moiré

Comme une poussière
Qui s'efface dans la cendre

Au delà, les routes du ciel
Où se cueillent les étoiles
N'offrent qu'un désert d'ombres

Comme le fruit de ce qui fut



mardi 28 novembre 2017

Quelques autres (1)

Temps d’avant la mémoire,  présent d’hier ou de demain
Et présent à tout instant, saccade de matière sans passé
Roches insondables, pierres sans fièvre, cimes et vides
Mais toujours aux noms encore tus du Souverain absent
Tu es là toujours en toi-même, être et existence
Comme le fruit innocent de l’éternité silencieuse

Né de l’écume des météores au cœur même du lointain
Terre aux songes à naître encore nue dans sa pureté
Terre indifférente, immobile et toute à elle-même
Et à chaque moment tu congédies le temps
Terre, mer, ciel, sortis de leur propre matrice
Quels rêves tranquilles ceux dont les rêves ne rêvent pas !

Et quand les orages te couvrent d’ombres et de feux
Rien n’arrive encore qui n’est toi et que tu n’as voulu
Et le tonnerre lui-même est ce silence qui t’appartient
Comme l’espace sans fragments aux frontières inconnues
Alors que les vagues qui ne sont pas des vagues
Emportent le sable où tout entière tu te contiens

Car close de partout mais se répandant en tout ce qui est
Tu n’es minuscule qu’à la condition de ton immensité
Et en chaque grain comme en chaque poussière
L’univers qui te couvre hors du maintenant et de l’ici
S’étend tout entier dans ces abîmes dont tu es fait
Et que plus tard la pensée comblera de ses fards

Et pendant que je parle et tente l’impossible
Ta nudité se voile du tissu sonore de mes mots
Puisqu’il faut bien que vive cet être de toi
Qui t’amincit en t’amputant de ce qui le fuit
Comme si pour te connaître et t’aimer
Il devait ignorer  les vastes gouffres où tu résides


Quatrains (80)


Combien de nuits ont coûté à nos mains avides
L' attente des jours qui coloraient les aubes ?
Et lesquelles, parmi ces cendres, valaient l'espoir
De l'accomplissement et de la lumière ?

jeudi 23 novembre 2017

Anecdotes de l'archipel (15)

Anecdote de la pierre

La pierre ne s’offre à aucune clarté
Et n’accueille aucune ombre
La lumière et l’obscurité s’humilient
Face à cette épaisseur impénétrable.

Identité compacte
Elle offre la figure de son obstinée permanence
L’entêtement et l’obsession d’être
Dominent les montagnes
Asservissent les cailloux.


Matières opaques et bornées
Y dorment pourtant
Des miroirs d'émeraudes
Aux chatoiements barbares
Imperceptibles
A ma vue infirme.